« On ne saisit la vérité éternelle de l’événement que si l’événement s’inscrit aussi dans la chair ; mais chaque fois nous devons doubler cette effectuation douloureuse par une contre-effectuation qui la limite, la joue, la transfigure. Il faut s’accompagner soi-même, d’abord pour survivre, mais y compris quand on meurt. La contre-effectuation n’est rien, c’est celle du bouffon quand elle opère seule et prétend valoir pour ce qui aurait pu arriver. Mais être le mime de ce qui arrive effectivement, doubler l’effectuation d’une contre-effectuation, l’identification d’une distance, tel l’acteur véritable ou le danseur, c’est donner à la vérité de l’événement la chance unique de ne pas se confondre avec son inévitable effectuation, à la fêlure la chance de survoler son champ de surface incorporel sans s’arrêter au craquement dans chaque corps, et à nous d’aller plus loin que nous n’aurions cru pouvoir. Autant que l’événement pur s’emprisonne chaque fois à jamais dans son effectuation, la contre-effectuation le libère, toujours pour d’autres fois » (Gilles Deleuze, LOGIQUE DU SENS)











